La Petite Histoire

NICOLAS P.

A la mode de Perrec, ça pourrait donner un je me souviens, c’était en 2001/

À Assas, Paris II, ce truc de l’histoire de la communication et de la culture de tout ça.

Ni toi ni moi n’avons jamais passé le diplôme. Alors que je crois que surtout toi, avions largement le niveau de ces petits professeurs frigides rigides et laids. Nous étions même au-dessus d’eux. C’est évident maintenant.

Tu te souviens aussi. J’avais bien rigolé à présenter cet exposé ridicule sur je ne sais plus quoi. J’étais déjà dans la performance. J’étais diplômée des Beaux-Arts. Je venais d’avoir le Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique après 5 ans de putain d’études. J’avais passé un an à San Francisco. Je venais aussi d’obtenir une licence d’arts plastiques. Je vivais à Paris depuis 2 ans.

Et je jouais à l’étudiante à la fac.
Je faisais mon ridicule exposé sur je ne sais plus quoi avec cette fille débile.

Et toi tu étais assis au premier rang.

Et c’est toujours tellement plus facile de parler du passé.

Je suis tellement contente de t’avoir retrouvé aujourd’hui. Je pensais que tu étais définitivement parti loin de moi et de tout.

Mais c’est moi qui me suis trompée.

C’est quand même super facile de faire du Perec.

Tu venais juste d’avoir 23 ans.

Tu sortais de l’adolescence mais pas que quand même. Tu avais gardé ton blouson pendant tout mon exposé.

Et j’avais tellement peur de ce que tu aurais pu penser de mon minable exposé.

L’autre jour je suis passée devant le bar où on a fait connaissance, à coté de la bibliothèque de france, quand on était sortis de l’INA. Je l’ai dit à David. Je lui ai dit, tiens ici, c’est là que j’ai pris un café avec Nicolas, pour la première fois.

Et ça l’a énervé.

Puis l’autre jour sur le périph sous la pluie. Et j’ai retrouvé les rushs de cette vidéo qui s’appelle :

« grèves de RER

Voies sur berges rive gauche innondées

Vend d’ouest variable

Ciel très nuageux

S’intensifie dans l’après midi

Minimum 3°/5°

Maximum 12°/13° »

Je ne sais pas si je l’ai un jour montée.

Et toi et moi c’est pour ça qu’on est venus à Paris.

Et je suis contente de t’avoir retrouvé aujourd’hui.

De toutes les musiques, celles que j’écoute tout le temps c’est Prince et Imbécile d’Olivier Libeaux. Je crois que de loin en loin on a un peu grandi ensemble. Aujourd’hui, je pense beaucoup à toi quand je pense à l’intelligence et à la brillance chez les gens.

Je me demande toujours « quest-ce qu’en penserait Nicolas ? ». Si je fais des photos de merde, que pensera Xavier et Nicolas et David ?

Moi aussi je veux travailler avec Nicolas. Je veux qu’on fasse un film. Je veux écrire une histoire.

Je veux qu’on écrive une pièce de théatre. Qu’on la mette en scène. Je veux faire un dessin. Je veux qu’on rit comme tant de fois tu me l’as proposé. Mais à chaque fois je pensais que tu te moquais de moi. J’ai jamais cru que tu était sérieux.

Avec ton blouson tout fermé. Et ton appartement à côté de cette école de commerce que je quittais le midi pour venir te voir.

Et je ne sais plus qui est Luigi.

Tu te rends compte toutes ces années qui viennent de passer.

Nicolas.

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