Ce matin dans le métro, à la station République, tout le monde entre dans la rame et c’est à celui qui arrivera à s’assoir le premier avant tout le monde, après les avoir tous niqués. Moi je m’en fiche, à Saint Sébastien Froissart, il n’y avait encore personne.
Puis vient cet homme, là, qui court comme les autres, pour s’assoir.
Et il se jette sur la place assise, là, devant moi. De ce fait, il vole la place à une femme, et enceinte, qui plus est. J’allais me lever pour lui laisser ma place à cette femme enceinte quand j’ai compris sa non réaction de colère, il restait une seule place encore libre, dans le carré d’à côté (je ne vais pas au boulot tous les matins, je suis de bonne humeur, je n’avais pas beaucoup de trajet à faire et je sais ce que c’est que d’être enceinte, alors oui, je laisse ma place aux femmes enceintes, aux vieillards et aux vieillardes -ce qui me vaut parfois des embrassades de leur part oh que vous êtes gentille madame et en général ces mêmes vieillardes restent debout, finalement bref).
De l’usage du métro quand on est soi même dans de bonnes conditions physiques et mentales.
Et c’est alors que je lance mon regard à ce monsieur, un regard accusateur, un peu culpabilisant. Tentant de lui faire passer le message selon lequel c’est un goujat mal élevé blabla.
Et là, le type, me fait un sourire qui m’a totalement déstabilisée, troublée, puis gênée.
Alors j’ai regardé mes chaussures, la voisine enceinte, la fenêtre, et à chaque fois que je prenais une bouchée de mon pain d’épices petit déjeunal, je pouvais lire à travers mes yeux que j’ai sur le front et sur les temps, son sourire s’élargir de plus belle.
J’ai tenté, en 3 stations de comprendre la situation. J’ai affronté son sourire pour essayer de lire dans ses yeux son message. Message qui change en fonction de ce qu’il montre à travers ses vêtements (oui, parfaitement, ceux ci font le moine), et les accessoires affublés qu’il porte.
Tous les signes étaient là pour me dire que ce cher monsieur était soit :
- tombé amoureux de moi tel le coup de foudre qui n’arrive jamais (dommage, il ne ressemblait pas tellement à brad Pitt, ça c’est con ça)
- en train de me reconnaître parce qu’il s’agissait d’un oncle lointain, d’un ex prof de biologie du collège (plus âgé que moi le gars) ou parce que ma tête est visible dans les moteurs de recherche et qu’il est un fan inconditionnel de Xavier Veilhan…
- complètement taré, un malade mental, un allumé comme il y en a tant
En découvrant son Libé dans les mains qu’il tentait de lire (il ne pouvait pas et me sourire bêtement et lire son journal), son costume tout neuf, tout propre et tout repassé, sa petite serviette en cuir et ses chaussures bien mises, j’ai opté pour toutes les suppositions ci-dessus en ajoutant un + à coup de foudre car il lisait LIbé. A cause du détail Libé. Le détail Libé m’a un peu rassuré. Il ne lisait pas ces vieilles pourritures gratuites qui racontent les chiens écrasés.
J’ai donc réfléchi très très vite et j’ai failli lui demander pourquoi il me souriait ainsi (il me souriait encore à ce moment-là).
J’ai encore réfléchi et j’ai failli alors lui dire d’arrêter de me regarder et de me sourire comme ça car c’était très gênant.
Puis je n’ai pas osé parler. Alors quand nos pieds se sont effleurés, ce n’est pas du tout devenu érotique, simplement, nous avons eu une bonne raison de nous regarder et de nous dire oh pardon, non c’est rien, je vous en prie. Et là, PAF, il m’a encore sourit. Du coup, moi, à cause du Libé, j’ai souri en retour, mais je lui ai bien fait comprendre, à travers mon don certain pour la transmission de pensées, que je ne comprenais pas la raison de son emportement.
J’ai donc décidé, car la vie est trop courte et le métro trop souvent mal intentionné, de lui sourire aussi, tout en lui faisant toujours comprendre que je ne savais pas pourquoi il n’arrêtait pas de me sourire, et quand je suis partie, je lui ai dit aurevoir, je me suis retournée pour voir s’il ne m’avait pas suivie, mais non, il est con, il aurait dû aller au bout de son histoire mais ça c’est les mecs ils commencent un truc et ne finissent jamais.
J’ai pris son sourire, pour faire nianian, je l’ai mis dans mon for intérieur, je l’ai pris, je le garde et je lui en donne aussi un peu mais pas trop parce que je ne sais pas ce qu’il en ferait (un peu comme le marché où je ne vais plus car maintenant mon maraîcher me propose tout le temps un café, mon mec veut lui casser la gueule, je ne sais jamais comment on gère l’amicalité qui semble sincère des hommes parce qu’en général si tu ne finis pas dans leur lit tu passes pour une allumeuse et si tu refuses leur sourire, tu passes pour une connasse prétentieuse alors que simplement se faire entendre dire, enfin recevoir des « putains que vous êtez canon ce matin madame vous dégagez un truc hyper sexy », c’est tout simple, ça mange pas de pain, ça a le mérite d’être clair et ça fait plaisir pareil sans toutes les questions autour).
Tu vois.
Ps : je ne sais toujours pas changer la photo du header OK ?